Raconte-moi Toi – Argentine 2 est le troisième article de la série « Raconte-moi Toi ».

Nous avons interviewé un jeune homme aux origines Mapuches et boliviennes, Penny que nous avons rencontré lors de notre troisième volontariat en Argentine, à El Bolson (pour retrouver le récit de notre volontariat, c’est par ici). Nous avons passé deux semaines avec Catalina et Juan pour les aider à avancer leur maison en terre. Penny, un de leurs amis, est venu se joindre à nous à plusieurs reprises. Vivant dans un village écologique et engagé dans un mode de vie plus simple et plus respectueux, il nous a semblé que, nous devions l’interviewer pour l’école.

L’interview a été réalisée le 14 Décembre 2017.

  • Quel est votre prénom ?

Penny Lopez Cuminao. Cuminao vient du mapudungun qui est le dialecte mapuche. Mon nom signifie cume – « bon » et nao et le diminutif de nahuel – « tigre ». Ce qui donne bon tigre, gentil tigre.

 

  • Quel est votre âge ?

27 ans.

 

  • A quel moment devient-on vieux ?

Je pense que ça dépend de la personnalité de chaque être, parce que je connais beaucoup de « vieux-jeunes », comme des jeunes qui de par leur personnalité ont cent ans. Et il y en a qui en ont cinquante et qui ont une personnalité d’un jeune de cinq ans. La vieillesse corporelle va dépendre de ce que les gens mangent et leur façon de vivre. L’âge mental peut varier en fonction des expériences, de nos sentiments et aussi de nos aïeux, puisque leurs expériences sont dans notre sang. Il y a donc des informations qui circulent dans notre sang et c’est pourquoi il est important, quand on est enfant, de connaître notre identité, notre famille pendant qu’il est encore temps et de connaître les informations qui vont être dans notre sang et nous aiguiller sur notre vie.

  • Quel est votre métier ? Combien de temps l’exercez-vous par jour ?

Je pense que ma profession c’est tout à la fois. Parce que j’ai toujours aimé tout faire et qu’il est bien d’avoir des connaissances multiples. On rencontrera toujours des situations où on aura besoin de diverses connaissances et s’arrêter à un emploi ne nous aidera pas à y faire face. Il est bon de savoir tout faire, car comme la vie, il y a une infinité de possibilités. Si tu exerces différents emplois, tu auras l’expérience pour faire face aux situations de la vie.

 

  • Comment se déroule une de vos journées types ?

Je n’ai pas deux jours identiques vois-tu. Ni de jour normal, car il y a des tâches à faire quotidiennement et il y a des tâches à faire souvent où ponctuellement. Je fais ma journée en fonction de ce que j’ai envie de faire. Pour la maison par exemple, il y a eu une multitude de tâches. Donc si j’ai envie de m’occuper du toit, de la plomberie ou quoi, je fais en fonction de mes envies, ce qui fait que chaque jour la maison avance. Et puis, il y a des jours où je n’ai envie de rien faire, juste de m’asseoir et de boire un maté ! C’est important aussi, le repos, car dans l’univers il y a des phases de mouvement et de ralentissement. Le cœur qui bat, bouge et se repose. Tu ne peux pas non plus rester au repos, car sinon tu es mort. Se reposer permet aussi de voir ton travail d’une autre manière. Si tu es toujours en mouvement, tu ne vas pas prendre le temps d’analyser tes sentiments ou tes actes. Il est important de se poser, de souffler, de les observer, puis de faire le vide et hop ça repart !

 

  • Que voudriez-vous faire quand vous serez grand ?

Je pense que j’essaierai de maintenir mes activités. Tant que mon corps me le permet, je continuerai la construction parce que j’apprends beaucoup et si à un moment, mon corps a besoin de repos, je changerai à ce moment-là.

 

  • Pourquoi avoir choisi un mode de vie plus respectueux de l’environnement ?

On a le choix entre faire comme tout le monde, faire partie de la masse où être le changement que l’on veut voir. J’avais 18 ans, je finissais mes études et j’avais commencé à travailler quand je me suis demandais : « qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? ». Est-ce que je vais trouver un emploi, acheter un appartement, une voiture, puis avoir un enfant, travailler 8h par jour pour pouvoir payer mon loyer ou rembourser mes crédits, et ainsi tous les jours, pour le reste de ma vie…je me suis dit « non ».

Du coup, j’ai commencé à me renseigner sur mes racines, sur mon arbre généalogique, d’où viennent mes ancêtres et ce qu’ils ont fait de leur vie. J’ai senti que j’avais tout ça en moi, mais ma grand-mère, qui m’a éduqué, était très respectueuse de la nature et elle m’a toujours parlé de la connexion de l’Homme avec la nature. Toutes ces informations ne pouvaient pas rester seulement des anecdotes ou des mémoires, il fallait que je les fasse vivre et que j’agisse avec.

On ne peut pas complètement revenir à l’époque de la cueillette et de la chasse. Alors, je me suis posé la question de comment vivre en communauté, tout en respectant la nature. On a alors créé un éco-quartier qui fonctionne sur des constructions en terre et sur les principes de la permaculture ; on expérimente chaque jour et c’est ce qui fait notre quotidien aujourd’hui.

 

  • Qu’est-ce que vous aimez dans votre pays ?

Il y a une définition que je ne partage pas, c’est la définition de « pays ». Pour moi, les pays ça n’existe pas, ça ne devrait pas exister. Avant, les hommes étaient libres et sans frontière. La création de frontières a créé des tas de problèmes. Pour moi, le mieux c’est que le monde entier soit un seul pays. L’information et les connaissances pourraient être partagées plus facilement. Comme toi en venant ici, nous pouvons échanger, partager, c’est ce qui me plaît le plus.

  • Quels sont les plus gros clichés au sujet des habitants de votre pays ? (Ce qui est le plus représentatif)

Je ne suis pas sûr, mais je pense que le principal serait la perte de repère temporel, de la notion de quel jour est-on ou de quelle heure est-il. C’est typique ici, encore plus dans le quartier ! Nous sommes à notre rythme quoi !

 

  • Quel est votre plat préféré ?

Mon plat préféré, c’est trop compliqué je mange de tout ! J’aime cuisiner et j’aime manger ! J’aime beaucoup les soupes, pas une soupe en particulier, mais la famille des soupes. Je pourrais rajouter une tonne de plats, le maté, l’asado (barbecues), les pâtes, mais si je ne devais en choisir qu’un ça serait les soupes.

 

  • Quelle est votre passion ?

C’est difficile, car pour moi, une passion c’est mettre une chose en avant au dépend d’un tas d’autre. Pour moi, c’est compliqué, car j’aime beaucoup de choses différentes. Je vais passer beaucoup de temps sur ma maison quand je veux faire de la construction, beaucoup de temps au jardin, quand je veux travailler la terre ou sur ma guitare quand je veux jouer. Je me passionne pour beaucoup de choses, mais ça change tout le temps. Ça me permet aussi d’avoir des relations et des amis dans beaucoup de secteurs différents et ça me permet de me sentir entier.

 

  • Si vous aviez l’occasion de réaliser un rêve, quel serait-il ?

Je ne changerai rien, car tous les rêves que j’ai, je les réalise. Souvent les choses apparaissent pour que je puisse les réaliser, mais si rien n’apparaît dans ce sens, c’est que ce rêve n’a pas lieu d’arriver, de se passer. Avec cette manière de penser, ça me permet de me concentrer sur le présent et de ne pas passer mon temps en vain dans le futur.

 

  • A quoi ressemble une journée d’école ? (horaires, uniformes, habitudes, …)

Ça dépend du type d’école, privée ou publique ; certaines demandent des uniformes, d’autres non. Je ne pourrais pas dire, il y a énormément de réformes en ce moment et tout a changé ces dernières années. Pour les horaires, c’est en général de 8h à 16h. L’après-midi, il y a souvent des activités sportives ou artistiques.

 

  • Quel conseil aimeriez-vous partager avec des enfants de 3 à 11 ans ?

Un conseil ? C’est difficile, car chaque enfant est différent et on ne peut pas donner un conseil général pour tous, il faudrait faire en fonction de chacun, c’est très personnel, vois-tu. Dans ce cas-là, je leur conseillerais de se renseigner sur leurs ancêtres, leurs familles et d’en tirer le meilleur de cette expérience. En analysant le passé de leurs ancêtres ils pourront ressentir les bonnes choses et les moins bonnes, car il n’existe pas de mauvaises choses, dans le sens où on apprend toujours de ce qui est moins bon. Ils pourront comprendre qui ils sont et s’en servir pour devenir de meilleures personnes. Ça serait ça mon conseil.

 

  • Racontez-nous une blague s’il vous plaît !

(Cherche pendant plusieurs minutes) C’est une petite fille qui demande à sa maman : « maman, maman, d’où vient la création de l’Humanité ? »

La maman réfléchit et lui répond :

« Dieu, pour la création de l’Humanité a créé un homme puis une femme qui ont eu des enfants et ainsi de suite l’Humanité a été créée. »

La petite fille réfléchit à la réponse et s’interroge encore. Quelques jours plus tard, elle va voir son père et lui demande :

« papa, papa, d’où vient l’Humanité ? »

Le père répond :

« au début des temps il y avait les singes qui ont évolués, et petit à petit ils sont devenus des hommes tels que nous les connaissons. Ainsi est née l’Humanité. »

La petite se sent perplexe face à ces réponses différentes. Alors elle retourne voir sa mère :

« maman, maman, tu m’as dit que l’Humanité venait de Dieu et papa m’a dit que l’Humanité venait des singes. Comment est-ce possible ? »

Et la mère répond :

« c’est très simple. Je t’ai raconté l’histoire de ma famille et ton père, l’histoire de la sienne. »

 

C’était l’interview de Penny à El Bolson en Argentine.

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